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Harmless [Gabriel]

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MessageSujet: Harmless [Gabriel]   Sam 5 Aoû - 17:50


HARMLESS




L'infirmière examinait prudemment Karine, tout en observant du coin de l'œil sa camarade, qui était visiblement tout aussi contente qu'elle d'être là. Elle aurait bien employé le terme d'amie plus tôt, en les voyant lui faire face ensemble dans les couloirs, mais à voir à quel point elle avait dû la pousser pour qu'elle daigne ne pas l'abandonner dans cet état... Elle en doutait sérieusement, maintenant. Et dire qu'elle avait été prête à couvrir leur petite histoire, par volonté de ne pas aggraver leurs problèmes... Enfin, elle n'était plus trop d'humeur, et la bonne volonté s'évaporait vite au beau milieu de la nuit, visiblement.

Songeant que de toute manière elle allait sûrement déguerpir et retourner se coucher maintenant qu'elle la laissait partir, l'infirmière se reconcentra sur sa patiente, avec un soupir. A part quelques bleus, rien de grave. Son état était stable et tout ce qu'il y avait de plus normal, si on négligeait la bouillie de nourriture qui la couvrait par endroits. En revanche, son état moral l'inquiétait tout particulièrement, et participait très certainement à sa mauvaise humeur. Peu importe ce qu'elle avait fait pour se mettre dans un état pareil, le constat était clair, et alarmant. Elle avait encore maigri, et ses malaises devenaient même plus fréquents qu'à l'époque de son arrivée. Mais plus que tout, ça faisait plusieurs semaines qu'elle n'avait pas vu la moindre trace de peinture sur elle, que ce soit sur ses vêtements ou ses cheveux. Et ça l'inquiétait plus qu'elle ne voulait bien l'admettre.

Ne laissant rien paraître de ses préoccupations, elle entreprit de la nettoyer un peu avec une serviette, et sursauta presque en se trouvant nez à nez avec la jeune fille. Elle fronça les sourcils en réalisant qu'elle s'était assise au chevet de Karine, mais ne fit pas le moindre commentaire, se contentant de l'ignorer et de continuer à s'occuper de cette dernière.

Mais son attitude l'intriguait, et très vite, elle céda à la tentation.

Tu sais, ce n'est pas si grave, ce qui s'est passé. Je pourrais essayer de vous défendre, si vous m'expliquez un peu comment vous en êtes arrivées là.

Elle dévisageait un peu la jeune fille aux cheveux pour le moins originaux, sincèrement curieuse. Elle regrettait un peu d'avoir mal pris son insolence, il fallait le reconnaître. La juger ainsi sans même connaître les détails de son trouble ne lui ressemblait pas. Encore une chose à mettre sur le compte de son manque de sommeil, probablement. Mais elle espérait qu'au moins, sa bonne foi suffirait à regagner un peu la confiance de la jeune fille. Se disant qu'il ne fallait pas la brusquer non plus, elle retourna chercher une autre serviette pour s'occuper de Karine, et continua de la nettoyer.

Une fois sûre que le plus gros de la nourriture était enlevé, elle se retourna vers la jeune fille et sourit.

Entre nous, je suis contente de voir que Karine s'est fait des amies. Je la suis depuis son arrivée, et je m'inquiétais de la voir si souvent seule.

Elle lâcha malgré tout un léger soupir en allant ranger la serviette sale, trahissant sa fatigue. La nuit risquait d'être longue pour elle, désormais. Elle devait surveiller Karine, et l'adolescente pouvait aussi bien se réveiller dans la minute que le lendemain matin. Heureusement qu'elle avait de l'affection pour elle, ou plutôt malheureusement, puisqu'elle aurait certainement eu moins de scrupules à l'abandonner là. Prenant sur elle, elle commença à s'installer, et à se préparer un café pour tenir le temps qu'il faudrait. Elle hésitait à proposer une boisson chaude à la camarade de Karine, quand elle remarqua que cette dernière s'agitait très légèrement dans son sommeil. C'était presque imperceptible, puisque seuls ses poings s'étaient serrés, et ses paupières bougeaient à peine. La jeune fille ne l'avait peut être pas encore remarqué.

Elle cessa immédiatement tout ce qu'elle était en train de faire, et se dirigea à grands pas vers la porte pour la fermer à clé... avant de réaliser que la dite clé était absente. Elle sentit un peu de panique l'envahir. Elle n'avait plus le temps de la chercher. Ce n'était qu'une question de minutes avant que Karine ne se réveille. Puis elle se souvint qu'elle n'était pas seule, et son regard se posa sur la jeune fille toujours au chevet de Karine. Elle lui adressa un regard sérieux et professionnel, qui masquait assez bien le stress de la situation.

J'ai besoin que tu gardes la porte, maintenant. Karine va se réveiller, et essayer de sortir. Si elle atteint la porte, il faut l'empêcher de passer, à tout prix, compris?

Elle essayait de faire appel à toute son autorité, et à toute son expérience pour la convaincre à cet instant. Et il était plutôt difficile de faire mieux, à ce niveau là. Puis elle se souvint que la jeune fille n'était visiblement pas très amie avec l'autorité de manière générale, et son ton se radoucit un peu pour laisser paraître ses véritables sentiments, et notamment son inquiétude.

Ecoute, si tu veux aider Karine, c'est la meilleure chose à faire. Fais moi confiance.

Puis devinant qu'elle n'avait pas beaucoup plus de temps devant elle pour la convaincre, elle se posta au chevet de Karine, en priant pour que son amie tienne assez à elle, et lui fasse assez confiance pour lui avoir obéi.

**********************************************

Karine se réveilla en sursaut, et il lui fallut quelques secondes pour comprendre où elle se trouvait. Un brancard. Elle se trouvait à l'infirmerie. Et elle avait fait un malaise. Elle commençait à se souvenir maintenant. Mais au fur et à mesure que ses souvenirs lui revenaient, ses sens aussi, et elle commençait à comprendre pourquoi elle s'était évanouie. Un sentiment de profond malaise engourdissait tous ses membres, et elle n'avait qu'une envie, partir, très loin, le plus loin possible. Plus qu'une envie, un besoin même. Elle devait partir. Maintenant. Mais alors qu'elle essayait de se relever, une main l'en empêcha, bloquant fermement son épaule contre le dossier du brancard.

Karine, calme toi, tout va bien. Tu as fait un malaise. Je t'ai amenée à l'infirmerie, avec ton amie. N'essaie pas de te lever, tu dois reprendre des forces.

L'infirmière, évidemment. En temps normal, elle aurait été presque rassurée par la présence de celle qui était devenue son seul allié dans l'établissement, et avait plaidé en sa faveur plus d'une fois alors qu'elle risquait d'être renvoyée. Mais cette fois, elle sentait son corps trembler au contact de la main de l'infirmière sur son épaule. Elle devinait que c'était l'adrénaline générée par une de ses crises, mais si l'infirmière s'en rendait compte, elle la retiendrait ici, et l'empêcherait de partir. Et elle ne pouvait pas le supporter.

Alors que l'infirmière lui jetait un regard suspicieux, ayant remarqué sa réaction, Karine se dégagea brusquement, et se laissa tomber au sol de l'autre côté du brancard. Elle se releva rapidement en s'appuyant dessus, tout en s'assurant d'être hors de portée de l'infirmière, et écarta les bras bien tendus, esquissant un sourire qu'elle voulait confiant, malgré sa pâleur. Mais son ton excessivement enjoué trahissait son malaise.

Mais non, vous voyez bien! Je vais bien! Je vais tranquillement retourner à ma chambre et...

Karine, n'y pensez même pas! Vous n'êtes pas en état et...

Mais si, et puis je vais me reposer, dans ma chambre!

L'infirmière, visiblement contrariée et agacée, tentait de faire le tour du brancard pour l'atteindre, mais Karine s'arrangeait pour lui échapper, tournant en même temps qu'elle, aussi vite qu'elle le pouvait, en titubant encore un peu. Elle sentait l'infirmière commencer à perdre patience, et courir presque autour du brancard pour l'attraper, mais au fur et à mesure qu'elle reprenait de l'assurance, elle allait elle aussi plus vite, et elle avait pour elle d'être plus petite, plus agile, et de ne pas porter une blouse encombrante. Elle s'offrait même le luxe de feinter la jeune femme, qui devait sûrement commencer à envisager d'envoyer voler le brancard pour mettre fin à cette scène humiliante et ridicule. Mais ne pouvant sûrement pas prendre le risque de la blesser en le faisant, elle finit par s'arrêter, entre Karine et la porte, et lâcher, légèrement essouflée:

Karine, ça suffit! Tu m'inquiètes!

C'est ridicule, je vais...

Oh, arrête! Je vois bien que tu as encore perdu du poids!

Karine se figea net, et pendant quelques secondes, le mélange de peur et de douleur qu'elle ressentait devint visible sur son visage. Elle déglutit pour s'efforcer de faire disparaître la grimace douloureuse de son visage, et les larmes de ses yeux, puis détourna le regard, gardant malgré tout l'infirmière dans son champ de vision. Elle ne prenait même pas la peine de répondre, et de toute manière, qu'aurait elle pu répondre? Depuis l'appel de son père, elle ne faisait que courir, et sauter les repas, et ses malaises étaient devenus quotidiens. Et le pire, c'est que maintenant, elle savait pourquoi.

Alors que l'infirmière, un peu inquiète, faisant le tour un peu plus lentement pour essayer de l'approcher, elle vit une opportunité, et sa réaction fut immédiate. Elle s'élança d'un seul bloc, franchissant les quelques mètres qui la séparaient de la sortie, mais elle dut freiner précipitamment, en réalisant que la porte n'était pas le seul obstacle la séparant de la sortie. Elle s'arrêta à une dizaine de centimètres de Gabriel, réalisant à peine dans son cerveau embrumé par une douleur sourde qu'elle avait été présente depuis le début.

Son regard se durcit un peu en voyant qu'elle ne bougeait pas, et lui barrait volontairement la route, et la peur panique et le besoin de s'enfuir se muèrent en une colère presque hystérique. Elle était raide et tendue, alors que d'ordinaire elle était toujours calme et détendue, maître de la situation, et ses poings étaient serrés nerveusement. Mais elle en avait à peine conscience, et ne se souciait plus de l'image qu'elle donnait à cet instant. Elle commençait à étouffer dans l'atmosphère oppressante de la pièce, et sentait son malaise s'accentuer jusqu'à en devenir physiquement douloureux. Elle devait sortir à tout prix, avant que l'infirmière ne la rattrape.

Laisse moi passer! M'oblige pas à te frapper, parce que je le ferai!

Non, si on la laisse s'enfuir, elle se blessera à coup sûr! Ne la laissez surtout pas passer! Et elle ne vous frappera pas, j'en suis sûre! Vous êtes amies.

L'infirmière s'était arrêtée à mi-chemin, visiblement à bout de forces. Son manque de sommeil habituel à peine compensé par le café, renforcé par le réveil brutal au beau milieu de la nuit, et par la course poursuite, dépassaient ses capacités. Ou s'était elle vraiment arrêtée parce qu'elle pensait qu'elle n'irait pas jusque là? Karine s'était en tout cas tendue à l'extrême en l'entendant, mais ses réflexions désintéressées n'arrivaient pas à couvrir sa dernière phrase, repassant en boucle dans son esprit. "Vous êtes amies". Amies. Non. Elle ne voulait pas. C'était hors de question.

Alors qu'elle se retournait vers Gabriel, elle fut encore plus désemparée de voir qu'elle n'avait pas bougé, et semblait écouter l'infirmière. Elle sentit malgré elle les larmes commencer à couler sur ses joues sans qu'elle ne puisse les retenir, et la douleur se concentrer dans sa poitrine. Elle suffoquait presque à cet instant, et sentait sa respiration devenir plus irrégulière. Ses forces et sa volonté l'abandonnant, elle se laissa tomber à genoux juste devant Gabriel, manquant de déchirer le t-shirt de son pyjama en s'y agrippant sans même s'en rendre compte. Sa voix fut à peine un murmure, lorsqu'elle parvint à prononcer quelques mots.

Je t'en supplie... Laisse moi partir... J'y arriverai pas...

Elle ne réalisait même pas qu'en s'accrochant de la sorte à Gabriel, elle l'empêchait purement et simplement de se déplacer comme elle le lui demandait, ou que l'infirmière s'était rapprochée doucement, sincèrement inquiète et soulagée. Mais peut être qu'inconsciemment, c'était ce qu'elle voulait. Peut être qu'elle voulait que l'infirmière la rattrape. Peut être qu'elle voulait que Gabriel la retienne, et soit son amie. Et pourtant. Elle ne pouvait pas le supporter.
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MessageSujet: Re: Harmless [Gabriel]   Mer 8 Nov - 14:21
harmless
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karine arrius
Gabriel se frotta l’œil avec le dos de sa main. Ouais, maintenant qu'elle était assise et ne bougeait plus, elle le sentait : elle était quand même fatiguée. Si elle restait dans cette position pendant encore une dizaine de minutes, elle pourrait carrément se mettre à somnoler, pour finalement s'endormir la tête la première sur le brancard. Elle essayait d'ouvrir brièvement les yeux régulièrement, au moins pour regarder Karine et voir si tout allait bien, mais ouch... quel effort titanesque... En entr'ouvrant un œil (parce qu'ouvrir les deux c'était quand même très compliqué), Gabriel avait pu voir l'infirmière qui commençait à tripoter s'occuper de Karine. Elle fit une petite moue, sur le moment elle ne comprenait pas vraiment ce qu'elle faisait, mais se disait que, de toute façon, la belle au bois dormant était (sûrement) entre de bonnes mains.

Elle allait repartir dans son presque-sommeil quand la voix de l'infirmière la fit sortir de sa léthargie. Et avec BEAUCOUP de mauvaise volonté, Gabriel ouvrit un peu les yeux et essaya de redresser la tête, ce qui n'était pas très concluant.

▬ Tu sais, ce n'est pas si grave, ce qui s'est passé. Je pourrais essayer de vous défendre, si vous m'expliquez un peu comment vous en êtes arrivées là.

Gabriel n'avait pas pu s'empêcher de soupirer. Ce n'était pas un soupir d'agacement, ou de défi, mais plus un soupir de découragement. Elle savait très bien qu'après ce qui était arrivée à Karine, l'infirmière devrait sûrement en parler à l'administration, ne serait-ce que pour son suivi médical. Et il faudrait bien qu'elle explique comment elle était "tombée" sur une Karine pleine de nourriture, dans les toilettes, en pleine nuit... Pour le coup, Gabriel s'était faite à l'idée qu'elle aurait des problèmes, et son acolyte en aurait probablement aussi, malgré son état. Elle marmonna un "au point où on en est...", presque sans se soucier que l'infirmière ait compris ce qu'elle disait, et referma les yeux sans même prendre le temps de la regarder vraiment.

▬ Entre nous, je suis contente de voir que Karine s'est fait des amies. Je la suis depuis son arrivée, et je m'inquiétais de la voir si souvent seule.

Bon, là, Gabriel comprit qu'elle allait devoir faire la causette avec cette femme, qui devait essayer de briser la glace pour la rassurer, et surtout pour qu'elle explique comment elles s'étaient retrouvées là toutes les deux. Comme les professeurs. Ils font tous ça, ils essayent de parler pour mettre l'élève en confiance. Mais ça ne marche pas. Les élèves ne veulent pas vous parler, vous savez ? Ils n'ont rien à vous dire. Et c'est précisément ce que Gabriel avait envie de rétorquer à cette infirmière dont elle se fichait pas mal. Mais dans un élan de lucidité, elle se dit que si elle faisait l'effort de lui répondre, elle passerait déjà moins pour une sauvage mal-éduquée.

Alors elle ouvrit grandement les yeux, se redressa sur son siège, croisa les bras et fit un effort monumental pour garder sa tête droite sans utiliser l'appui de ses mains. Elle posa ses yeux rouges sur l'infirmière, et la fixa de son regard fatigué. Elle ne prit même pas le temps de réfléchir à ce qu'elle pouvait bien répondre, et c'est la première chose qui lui passa par la tête qui sortit.

▬ Très franchement, je ne pense pas qu'elle en ait beaucoup. Et je ne suis même pas sûre d'être moi-même son amie.

Sur ces mots, Gabriel tourna la tête vers Karine. C'est vrai, depuis qu'elles se connaissaient, Karine avait sûrement dû en avoir assez d'elle plus d'une fois (comme tout le monde). Et à ce moment-là, la part rationnelle de Gabriel pensait sincèrement que Karine ne la considérait pas du tout comme une amie. Comme une camarade à la limite. Mais de l'autre côté, une petite voix chuchotait à Gabriel que Karine devait l'apprécier, et que si elles s'étaient croisées dans le réfectoire cette nuit ce n'était pas un hasard. Et en pensant ça, elle ne put réprimer un petit sourire sournois. Sachant qu'elle avait l'air parfaitement blasé un instant avant, l'infirmière, si elle avait remarqué ça, se serait sûrement demandée la signification de ce sourire.

De son côté, Gabriel aimait vraiment la compagnie de Karine, elle s'était vraiment bien amusée avec elle et c'était une chose qui lui manquait trop dans cette prison : le divertissement. Alors elle s'était attachée à Karine, parce qu'elle lui avait permis d'oublier, et d'autant plus maintenant qu'elle était sa partner in crime. Mais sans se voiler la face, les deux complices sont quand même très différentes, alors est-ce qu'elles arriveraient à se supporter sur le long terme ? Même Gabriel n'avait pas la réponse à cette question.

D'un coup, Gabriel se rappela ses différentes séances avec les psys, médecins, et autres membre du service médical de l'institut – exceptée cette infirmière visiblement –, durant lesquelles il lui était arrivé de parler de Karine, sans la nommer. Plusieurs fois. Et elle n'était pas stupide quand il s'agissait de son esprit, elle voyait bien, elle sentait bien que ses interlocuteurs étaient gênés d'apprendre l'existence d'une telle relation. Gabriel en racontait peut-être trop. Après tout, elle le savait, si elle avait été envoyée ici par son idiote de mère, c'était bien pour être coupée du monde et des gens. Ce n'était pas prévu dans le traitement de son trouble inexistant qu'elle se fasse des amis. Mais franchement, où est le problème ? Aux dernières nouvelles, Gabriel fait encore ce qu'elle veut. Et c'est pas demain la veille qu'elle se mettra à obéir à une figure d'autorité quelconque. Si Gabriel a envie de voir Karine, elle le fera, et ce sera pareil pour n'importe qui.
Gabriel avait alors décidé de ne plus leur parler de ses fréquentations.
Cette fois, personne ne se mettrait en travers de sa route.

Gabriel sortit de ses pensées (qui ne l'avaient pas vraiment mise de bonne humeur d'ailleurs) en sentant l'odeur du café. Par réflexe, elle tourna la tête pour voir d'où ça venait. Elle en aurait bien besoin aussi, ne serait-ce que pour lutter contre l'envie de dormir qui continuait à l'envahir. Pendant une fraction de seconde, elle hésita à en demander un à l'infirmière, mais se ravisa en se disant qu'elle allait probablement se faire rembarrer. Et en plus de ça, elle se serait sentie redevable, obligée d'être aimable avec l'infirmière. Et ça, non merci.

Elle soupira à nouveau en se dandinant un peu pour éliminer ce fourmillement qu'elle commençait à sentir dans ses jambes. Au même moment, elle vit que l'infirmière semblait soucieuse, et la suivit du regard lorsqu'elle se dirigea vers la porte. Elle haussa un sourcil et, sans la quitter des yeux, resta figée, les bras croisés. C'était quoi le problème encore ?
Quand elle vit que l'infirmière se retournait vers elle pour la regarder elle aussi, Gabriel, à sa grande surprise, s'était presque sentie gênée d'être prise en flagrant délit d'observation. Elle était à deux doigts de rougir. Impressionnant. Et à cette gêne s'ajoutait le sérieux dans le regard de la femme face à elle, et alors là, Gabriel se doutait que ça allait mal se passer. Elle ne savait pas quoi exactement, mais tout son corps se tendit et elle sentit ses muscles de raidir d'un coup.

▬ J'ai besoin que tu gardes la porte, maintenant. Karine va se réveiller, et essayer de sortir. Si elle atteint la porte, il faut l'empêcher de passer, à tout prix, compris ?

Sur le moment, Gabriel ne comprenait rien. Empêcher Karine de sortir, c'était quoi l'intérêt ? Elle n'était pas non plus un loup garou qui pouvait se transformer d'un instant à l'autre et qu'il fallait maintenir en cellule de confinement. Alors elle fronça les sourcils, surtout parce qu'elle ne comprenait pas pourquoi l'infirmière avait eu l'air si paniqué.

▬ Écoute, si tu veux aider Karine, c'est la meilleure chose à faire. Fais moi confiance.

—— —— ——

Gabriel avait décidé d'écouter l'infirmière. Elle avait donc reculé sa chaise pour que le dossier soit collé à la porte. Ce n'était pas grand chose, mais au moins, si Karine voulait essayer de sortir, la chaise (et Gabriel) pourraient la ralentir. Faire ce petit geste lui donnait bonne conscience, elle avait l'impression qu'en faisait ce que l'infirmière lui indiquait, Gabriel se rattrapait de la façon dont elle s'était adressée à elle plus tôt dans la nuit. Puis elle n'avait pas totalement tort, Gabriel voulait aider Karine, et toute seule, elle n'aurait franchement pas su quoi faire pour ça...

Alors qu'elle gardait le regard vissé sur Karine, Gabriel la vit s'éveiller en sursaut, ce qui la fit elle-même sursauter (petite nature). Elle se redressa sur sa chaise, juste histoire de bouger pour indiquer qu'elle était là, et qu'elle avait vu, mais c'était vraiment inutile. Un frisson traversa Gabriel alors qu'elle se demandait quelle allait être la première action/réaction de Karine en voyant où elle se trouvait. Elle ne dit rien et préféra laisser l'infirmière gérer ça, après tout, c'était son job.

▬ Karine, calme toi, tout va bien. Tu as fait un malaise. Je t'ai amenée à l'infirmerie, avec ton amie. N'essaie pas de te lever, tu dois reprendre des forces.

Presque instinctivement, Gabriel fit un petit sourire, l'air de dire "ouais c'est vrai, et c'était trop galère". Mais à nouveau pour rien, puisque Karine ne prit même pas le temps de la regarder. Elle avait l'air très agité et cela surprenait Gabriel. Elle pensait, en toute logique, qu'après cette espèce de "crise" que Karine avait faite, elle serait sûrement crevée, non ? Mais ce n'était pas vraiment le cas. Et en la voyant se ramasser par terre, le premier réflexe qu'elle avait eu était de se lever. C'était, encore une fois, totalement inutile, puisqu'elle s'était levée, mais était restée debout, sans même avoir le temps d'aider la blessée à se relever. Il y avait un truc pas net. Et cette pensée se confirma, quand Gabriel assista, dépitée, à l'une des poursuites les plus ridicules qu'elle ait vu. Elle restait là, plantée comme un piquet, les bras le long du corps, à regarder à tour de rôles l'infirmière puis Karine qui se donnait en spectacle. Elle était tellement abasourdie de voir ça, en pleine nuit, alors qu'elle ne voulait qu'une chose : retourner dans sa chambre pour dormir, que Gabriel ne réagit même pas, se disant que ça allait se calmer tout seul.

▬ Oh, arrête ! Je vois bien que tu as encore perdu du poids !

Et puis Gabriel releva la tête vers l'infirmière, surprise (encore plus qu'elle ne l'était déjà) par ce qu'elle venait d'entendre. Quoi, Karine aurait perdu du poids ? Est-ce que ça aurait un quelconque lien avec le fait d'aller voler de la nourriture au réfectoire en pleine nuit ? Bah oui, sûrement. Mais le fil de ses pensées fut interrompu quand Gabriel tourna la tête pour regarder Karine... et la vit se précipiter sur elle comme une furie. Sur le moment, elle croyait vraiment qu'elle allait l'envoyer valser pour pouvoir passer, alors elle eut un mouvement de recul. Puis elle repensa à ce que l'infirmière lui avait dit, et à l'échange de cette dernière avec Karine. Non. Il ne fallait pas qu'elle la laisse passer. Elle ne savait exactement pourquoi, mais elle sentait que la meilleure chose à faire était de l'empêcher de sortir.

Alors Gabriel ne bougea pas. Elle essaya de soutenir le regard dur, qui était devenu assez effrayant, de Karine, mais la gêne et la fatigue lui firent perdre ses moyens, et elle détourna le regard. Enfin, c'était sûrement ça.

▬ Laisse moi passer ! M'oblige pas à te frapper, parce que je le ferai !

▬ Non, si on la laisse s'enfuir, elle se blessera à coup sûr ! Ne la laissez surtout pas passer ! Et elle ne vous frappera pas, j'en suis sûre ! Vous êtes amies.

En entendant Karine, Gabriel avait serré les dents et haussé un sourcil. Non mais par contre elle allait pas commencer à la menacer et à essayer de l'intimider parce que, avec toute la bonne volonté du monde, et même si elle voulait l'aider, Gabriel aurait du mal à rester de marbre face à un petit chihuahua qui essaierait d'aboyer le plus fort. Cet état de fait lui fit tourner à nouveau les yeux, mais cette fois-ci, pour fixer Karine. Son regard était clairement plus assuré qu'il ne l'était quelques instants auparavant. Gabriel comptait bien jouer le rottweiler. Et Gabriel ne comptait pas s'écarter.
Même les larmes de Karine n'arrivèrent pas à l'attendrir, mais par contre, elle commençait à la faire flipper sérieusement avec sa respiration de meurtrière psychotique. Pour se donner une contenance face à une Karine qui semblait prête à se transformer, Gabriel prit une grande inspiration en se redressant, sans doute pour paraître encore plus grande. Comme si elle avait besoin de ça pour dépasser Karine... En tout cas, elle voulait avoir l'air imposant, mais fut complètement stoppée dans son objectif par Karine. Encore. Qui s'était écroulée à ses pieds. Et en s'accrochant à elle de cette façon, elle avait fait se pencher Gabriel, qui s'était retrouvée obligée de plier les jambes pour ne pas s'écraser la tête la première par terre. Par terre ou directement sur Karine d'ailleurs.

▬ Je t'en supplie... Laisse moi partir... J'y arriverai pas...

Pendant quelques instants, Gabriel resta figée. Les bras relevés au-dessus de ses épaules, les mains crispées et (il faut le dire) légèrement tremblantes, elle avait presque peur de bouger. Maintenant que Karine semblait s'être calmée malgré elle, elle croyait presque que le moindre mouvement allait réveiller sa fureur et que le misérable spectacle auquel elle venait d'assister allait se répéter. Mais il fallait qu'elle se reprenne. Elle n'allait pas rester comme ça pendant des heures, et même si elle était encore choquée de cette transformation qui s'était effectuée en Karine, elle devait réagir. Alors elle remua doucement ses doigts et ses mains, essaya de redresser la tête suffisamment pour regarder l'infirmière dans les yeux. Cette dernière semblait presque aussi choquée que Gabriel. Elle s'apprêtait sûrement à se diriger vers Karine, mais d'un léger geste de la main et d'un regard, le héron courbé fit comprendre à l'infirmière qu'elle allait essayer de gérer ça.

Elle baissa la tête à nouveau et regarda Karine. Honnêtement, son état était assez pitoyable. La voir dans un tel état alors que Gabriel l'avait presque toujours vue intérieurement résistante et obstinée la désolait. Karine était mieux quand elle se comportait en chihuahua digne et hautain. Elle fronça les sourcils, cette situation très embarrassante ne lui plaisait pas du tout. Elle voulait que Karine se mette debout et relève la tête. Qu'elle montre à la vie qu'elle était plus forte, qu'elle arrive à faire face à ses problèmes. Parce que clairement, Gabriel savait qu'elle en était capable.

▬ Tu n'es pas toute seule Karine.

Sur ses mots, Gabriel se pencha encore plus en pliant les jambes, et tout en restant appuyée sur la pointe des pieds, elle posa les genoux à terre et entoura doucement Karine de ses bras. Elle appuya légèrement sa tête sur celle de Karine tout en posant ses mains sur son dos. Elle voulait établir un contact physique qui se voulait rassurant (pour une fois). Elle espérait ne pas se faire rembarrer, ou au moins pas immédiatement... Gabriel ne savait pas comment montrer à quelqu'un qu'elle était là pour l'aider, ou même qu'elle était là tout court, et c'était encore plus difficile avec Karine. Alors ce câlin était la première chose qui s'était imposée à elle, et elle savait que ça pouvait aider parfois. Mais comme une embrassade ne suffirait peut-être pas et que Karine allait sûrement la repousser d'un instant à l'autre, Gabriel ajouta quelques mots, en souhaitant très fort qu'elle viserait juste.

▬ Tu y arriveras. Je t'aiderai, elle marqua une pause de quelques secondes, elle hésita à continuer, si tu ne fuis pas.

C'était profondément ironique. Si elle cherchait bien, ces mots qu'elle disait en ce moment à Karine, Gabriel les avait d'abord entendu. Sauf qu'elle savait que ceux qui les lui avaient dits n'étaient pas sincères. Et Gabriel était sincère. La Karine qui s'était effondrée sous ses yeux n'était pas celle qu'elle connaissait, mais si elle apparaissait souvent, elle serait prête à essayer de l'aider. Si Gabriel voulait devenir son amie, une vraie amie sur qui on peut compter, il lui faudrait les accepter, elle et ses faiblesses. Et ça marchait aussi dans l'autre sens. Alors si Gabriel pouvait se montrer forte, si elle pouvait faire croire à Karine que c'était elle qui contrôlait la situation – et leur relation, alors elle aurait l'avantage.
Après tout, on n'abandonne pas ses amis, pas vrai ?
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